La Création du monde
Bible de Nicolas Jenson
Nicolaus Jenson (1420 ?-1480), Venise, 1476.
Exemplaire sur vélin enluminé Reliure en maroquin rouge aux armes de Philippe V, roi d’Espagne (1700-1746) Historique : armoiries peintes de Juan de Zúñiga, vers 1490 ; Francisco Álvarez de Toledo, vers 1510; Paul Girardot de Préfond ; comte MacCarthy Reagh; acquis à la vente de ce dernier en 1817.
BnF, Réserve des livres rares, VELINS-80
© Bibliothèque nationale de France
Premier texte diffusé par l’imprimerie occidentale, en 1455, la Bible fut publiée une douzaine de fois dans les pays germaniques au cours des vingt années qui suivirent mais, en Italie, seuls Sweynheym et Pannartz l’imprimèrent en 1471. Les premiers ateliers installés dans la péninsule s’étaient davantage intéressés à la littérature classique dont la production, devenue surabondante, avait provoqué une crise dès 1472. Cela explique la nouvelle attention portée à la Bible et les six éditions publiées à Venise, Plaisance, Naples et Vicence en 1475 et 1476. Homme d’affaires avisé, l’imprimeur Nicolas Jenson avait lui aussi cherché un marché moins encombré et plus lucratif et s’était tourné dès 1474 vers des ouvrages recherchés par les juristes ou le clergé. Jenson ne fit pas oeuvre de novateur car sa Bible est étroitement copiée, à de minimes corrections textuelles près, sur celle que Franz Renner et Nicolas de Francfort avaient publiée à Venise l’année précédente et qui servit de modèle pendant dix ans. Son format, qu’ils avaient été les premiers à choisir, destinait le livre à une lecture individuelle et non à la lecture à haute voix dans les réfectoires. Le texte lui-même provenait indirectement de la Bible de Gutenberg. Celle-ci avait servi de copie à l’édition imprimée à Mayence en 1462, utilisée à son tour par Giovanni Andrea Bussi pour l’édition romaine de 1471. Franz Renner et Nicolas de Francfort reprirent la plupart des modifications et ajouts apportés par Bussi à partir de manuscrits, firent à leur tour de modestes changements et complétèrent les préfaces. Destinés par Jenson à une clientèle de clercs fortunés, de nombreux exemplaires furent tirés sur vélin, pour la plupart vendus et enluminés rapidement. Tel ne fut cependant pas le cas de la Bible enluminée en Castille. Entrepris pour Juan de Zúñiga, onzième fils du duc de Béjar, lorsqu’il était grand maître de l’ordre d’Alcantara, entre 1480 et 1494, son décor fut achevé pour le petit-fils de sa soeur aînée, Francisco Álvarez de Toledo, mais pas avant 1508, date du mariage de celui-ci avec María de Figueroa. Parmi cet ensemble hétérogène, où l’on décèle au moins trois mains différentes, se mêlent diverses influences étrangères, franco-flamande surtout – dans la grisaille des bordures rehaussées d’or et des premières enluminures ou dans les encadrements à fond coloré ou doré des derniers feuillets –, mais aussi italienne – dans l’encadrement et les motifs exécutés pour le deuxième possesseur. (D. H.)
 
 

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