Œuvres d'Aristote commentées par le philosophe Averroès
Aristote (0384 av. JC-0322 av. JC), Averroès, Venise, 1483-1484.
Venise : Andrea Torresani et Bartolomeo de’ Blavi, 1483-1484 In-folio, 4 volumes
BnF, Réserve des livres rares, Rés. Vélins 479-482
© Bibliothèque nationale de France
Aristote, dont les écrits furent diffusés dès le milieu du XIIe siècle grâce aux traductions latines établies d’après l’arabe et le grec, en Espagne, en Italie et en Angleterre, exerça pendant tout le Moyen Âge une influence déterminante sur la philosophie et la théologie, et joua un rôle primordial dans l’enseignement universitaire. Les commentaires d’Averroès, connus des latins à partir de 1230 environ, contribuèrent à leur tour au développement de l’aristotélisme : les scolastiques désignaient le philosophe arabe comme « le commentateur » tout court.
Au XVe siècle, l’université de Padoue fut un des bastions de l’aristotélisme. Il n’y a donc rien d’étonnant qu’on ait commencé, dès 1472, à imprimer dans la ville les œuvres d’Aristote avec le commentaire d’Averroès. Près de dix ans plus tard parut à Venise l’édition établie par le théatin Nicoletto Vernia, titulaire d’une chaire de « philosophie naturelle » à l’université de Padoue.
L’exemplaire sur vélin ici exposé, dont les initiales, décorées de pierres précieuses, de camées, d’animaux, de putti et d’hybrides, sont attribuées à l’enlumineur padouan Antonio Maria da Villafora, comporte des corrections et des annotations de sa main.
Les positions averroïstes adoptées par Vernia dans son traité sur l’âme, la Quaestio de unitate intellectus, lui attirèrent les foudres de l’évêque de Padoue, Pietro Barrozzi, qui promulgua en 1489 un décret interdisant toute discussion publique de la doctrine averroïste sur ce sujet et obligeant Vernia à se rétracter.
Le Contra perversam Averrois opinionem de unitate intellectus, que ce dernier acheva en 1492, n’est qu’en apparence un simple acte de soumission à l’Église. On y décèle en effet un assouplissement significatif des positions de Vernia : celui-ci ne s’y réfère plus exclusivement à Aristote mais aussi à d’autres écoles, y compris aux présocratiques, à Platon et aux néoplatoniciens, et il utilise, pour attaquer Averroès, les commentateurs grecs Alexandre d’Aphrodisias, Simplicius et Thémistius, depuis peu traduits en latin.
Les annotations que Vernia porta dans les marges de son exemplaire d’Aristote servirent sans doute à l’élaboration de ce traité. En effet, selon une souscription ajoutée à la fin du De caelo et mundi et datée du 7 septembre 1491, il annota le texte d’après Simplicius, « subtilissimus Aristotelis interpretator », les explications de ce dernier étant supérieures, et de loin, à celles d’Averroès, notamment en ce qui concerne le De anima. Le manuscrit de Simplicius que Vernia utilisa, est, semble-t-il, perdu.
(U. B.)
 
 

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