Coloquios dos simples e drogas he cousas mediçinais da India…
Goa : João de Endem, 1563.
In-4o Rés. 4o Te143. 19 Édition originale Reliure espagnole en parchemin souple Historique : Luis de Torres, archevêque de Monreale (1573-1584) ; présent à la Bibliothèque royale avant 1724
BnF, Réserve des livres rares, RES-4-TE143-19
© Bibliothèque nationale de France
Après la première expédition de Vasco de Gama, qui atteignit la côte occidentale de l’Inde en 1498, les Portugais cherchèrent à s’y implanter en construisant des forts et en y maintenant des garnisons. En 1510, ils s’emparèrent de Goa, alors une grande ville marchande en plein essor, dont ils firent la capitale de leurs possessions indiennes. Les jésuites s’y installèrent vers 1535 et travaillèrent à évangéliser le Sud de l’Inde. Le besoin de livres de religion se fit vite sentir et en 1556 débarqua à Goa un imprimeur portugais, João de Bustamente, dont les presses allaient être les premières implantées en Asie. Il publia les catéchismes et ouvrages spirituels et philosophiques produits par les jésuites professeurs au collège São Paolo et par les autorités religieuses de Goa. Deux autres imprimeurs, João de Quinquencio et João de Endem, d’origine allemande, le suivirent. Ce dernier, qui travailla à Goa jusqu’en 1573, commença son activité en 1563 par les Coloquios d’Orta : cet ouvrage de médecine, le plus gros jamais publié à Goa, dépassait quelque peu les capacités de l’imprimeur et ses vingt pages d’errata serrés, qui ne corrigent même pas toutes les coquilles, pour deux cent cinquante-huit pages de texte lui valent la curieuse réputation d’être le livre le plus fautif de l’histoire de l’imprimerie. Mais les éventuelles difficultés de lecture n’empêchèrent pas les contemporains de découvrir l’importance de ces dialogues entre l’auteur et Ruano, un personnage imaginaire. Garcia da Orta, un médecin portugais d’origine juive, formé en Espagne, avait gagné l’Inde vers 1534 et s’occupait d’un jardin botanique à Goa. Il rédigea ses observations sur les plantes des Indes et leur usage clinique; il décrivit aussi pour la première fois les symptômes du choléra. À son intérêt médical et botanique s’ajoute une particularité d’histoire littéraire : parmi les pièces liminaires figure le premier poème imprimé de Luis de Camões, une ode en l’honneur de l’auteur et du vice-roi de Goa. Après avoir été soldat au Maroc, Camões, qui allait exalter les explorations et les conquêtes portugaises dans les Lusiades, mena en effet une existence aventureuse qui le conduisit jusqu’aux Moluques et à Goa. Si l’ouvrage était sans doute destiné au marché local, il circula aussi en Europe. Ainsi l’exemplaire présenté ici porte-t-il l’ex-libris de « Don Luys arceopo de Monrl » où l’on peut reconnaître le nom de Luis de Torres, un prélat espagnol, nonce de Pie V auprès de Philippe II au moment de Lépante, puis archevêque de Monreale en Sicile. Le texte fut vite connu grâce à l’adaptation latine qu’en donna le botaniste Charles de L’Écluse à Anvers dès 1567. (G. G.-C.)
 
 

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