Œuvres grecques [Opera graeca]
Homère, Italie, VIIIeavt. J. C. ; 1488.
Édité par Démétrios Chalcondyle
Florence : [imprimeur du Vergilius] avec les caractères de Démétrios Damilas et aux frais de Bernardo et Nerio Nerlio
In-folio, 2 volumes.
Édition princeps.
Reliure à la grecque en maroquin noir à décor de bordure intérieure (inversion or et argent sur les deux plats), aux armes et chiffre de Henri II, vers 1553-1554. Historique : Gian Francesco Torresani d’Asola ; François Ier ; Henri II ; bibliothèque royale de Fontainebleau.
BnF, Rés. Yb. 1-2.
© Bibliothèque nationale de France
Au milieu du XIVe siècle, les humanistes italiens se mirent à rechercher dans les bibliothèques les textes des auteurs de l’antiquité grecque et latine. En 1360, Leonzio Pilato, de Calabre, connu pour sa traduction d’Homère, vint enseigner le grec à l’université de Florence à la demande de son élève Boccace : ce fut la première chaire de grec créée en Occident. Au xve siècle, surtout après la chute de l’Empire byzantin, en 1453, les savants grecs du Péloponnèse et de Constantinople réfugiés en Italie jouèrent un rôle capital dans l’essor des études grecques. Démétrios Chalcondyle en fut un des plus éminents. Originaire d’Athènes, Chalcondyle arriva en 1449 à Rome, où il devint l’élève de Théodore Gaza, autre réfugié grec. Il enseigna ensuite à son tour la langue et la philosophie grecques à Pérouse, à Padoue, à Florence et à Milan. C’est à Florence qu’il établit le texte de l’édition princeps d’Homère, véritable exploit philologique.
Depuis 1465, les imprimeurs utilisaient des caractères grecs pour reproduire des citations dans des éditions latines, mais le premier livre imprimé entièrement en grec ne parut qu’en 1476 à Milan. Le Crétois Démétrios Damilas, qui en avait dessiné et gravé les caractères, fournit également la fonte utilisée pour l’édition d’Homère. Financée par les frères Nerlio, riches patriciens florentins, dont l’un, Bernardo, fut l’élève de Chalcondyle, l’impression se fit dans un atelier anonyme.
Le présent exemplaire fait partie des livres grecs cédés vers 1542 à FrançoisIer par Gian Francesco Torresani d’Asola, beau-frère d’Alde Manuce et helléniste averti qui avait été associé à l’entreprise aldine pendant près de vingt ans. Il a été affirmé récemment que quatre cahiers de cet exemplaire, contenant la vie d’Homère attribuée à Plutarque, ont été utilisés par Alde Manuce comme modèle pour son édition de 1504. Ces cahiers comportent en effet des marques dans les marges qui renvoient aux pages correspondantes de l’aldine. Elles sont cependant lacunaires et on relève en outre dans cette dernière de nombreuses corrections et variantes qui, à deux exceptions près, ne figurent pas sur le prétendu modèle. Enfin, s’il est admis depuis longtemps qu’Alde copia l’édition florentine, on s’explique mal pourquoi il aurait eu recours à deux exemplaires, l’un pour le texte du pseudo-Plutarque, et l’autre pour le reste de l’édition. Il n’est donc pas sûr que l’Homère d’Asola soit celui d’Alde Manuce. (U. B.)
 
 

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