Marcel Duhamel dans les magasins de la « Série noire »
1966.
© Archives Éditions Gallimard
Traducteur de romans d’aventures et de scénarios américains avant la guerre, Marcel Duhamel, ami de Prévert, Queneau et Achard, rencontre Michel Gallimard en 1944. De leur bonne entente naît en septembre 1945 la « Série noire » dont les premiers titres sont traduits par Duhamel : La Môme vert-de-gris et Cet homme est dangereux de Peter Cheyney et le sulfureux Pas d’orchidées pour Miss Blandish de J. H. Chase.
« Que le lecteur non prévenu se méfie : les volumes de la « Série noire » ne peuvent pas sans danger être mis entre toutes les mains. L'amateur d'énigmes à la Sherlock Holmes n'y trouvera pas souvent son compte. L'optimiste systématique non plus. L'immoralité admise en général dans ce genre d'ouvrages uniquement pour servir de repoussoir à la moralité conventionnelle, y est chez elle tout autant que les beaux sentiments, voire de l'amoralité tout court. L'esprit en est rarement conformiste. On y voit des policiers plus corrompus que les malfaiteurs qu'ils poursuivent. Le détective sympathique ne résout pas toujours le mystère. Parfois il n'y a pas de mystère. Et quelquefois, même, pas de détective du tout. Mais alors ?... Alors il reste de l'action, de l'angoisse, de la violence – sous toutes ses formes et particulièrement les plus honnies – du tabassage et du massacre. Comme dans les bons films, les états d'âme se traduisent par des gestes, et les lecteurs friands de littérature introspective devront se livrer à la gymnastique inverse. Il y a aussi de l'amour – préférablement bestial – de la passion désordonnée, de la haine sans merci. Bref, notre but est fort simple : vous empêcher de dormir. »
Marcel Duhamel.
 
 

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