Édition impériale de l'éloge de la ville de Moukden
Chine.
Édition imprimée en 1748 32 fascicules recouverts de soie renfermés dans 4 étuis de soie 30 x 19 cm ; bois : 21,4 x 16,5 cm
BnF, Manuscrits orientaux, chinois 1582-1589
© Bibliothèque nationale de France
Cette composition a l'ambition de faire à la fois œuvre poétique, politique et de piété envers les ancêtres fondateurs. Bien que traduite sous le titre d'Éloge de la ville de Moukden, elle se rattache au genre chinois du fu, les rhapsodies, tout particulièrement à celles portant sur les capitales de l'Est et de l'Ouest composées aux IIe et IIIe siècles, rapportées dans l'anthologie Wenxuan.
Pour constituer cette ode célébrant l'établissement de la dynastie, Qianlong s'appropria le modèle de fondation instauré par la dynastie des Zhou quelque vingt-cinq siècles plus tôt, vers le XIIe siècle avant notre ère. Les concepts fondamentaux de l'idéologie politique transmis par le plus ancien recueil poétique chinois, le Livre des Odes furent véhiculés, du premier millénaire avant notre ère à la fin de l'Empire, par l'intermédiaire du corpus classique, qui s'est imposé à toutes les dynasties jusqu'aux Qing, soit durant trois millénaires. Les principes reposaient sur la mobilité du mandat céleste, que le Ciel attribue à un peuple et ses chefs selon le mérite et les vertus accumulés, l'obtention du pouvoir suprême s'effectuant sans effusion de sang. Qianlong retrace ici l'élévation d'une petite peuplade jusqu'au faîte du pouvoir. Cette appropriation du mythe chinois montre que les Mandchous n'avaient pas encore opéré de relecture historique et que le modèle civilisateur chinois était tout puissant. Comme pour toutes les dynasties antérieures, l'insertion des Qing dans la théorie du mandat céleste permettait de convaincre la population chinoise de la légitimité de leur occupation du trône. Cette réécriture des événements montre son caractère artificiel moulé dans l'idéologie confucéenne du bon gouvernement. Qianlong s'attarde longuement sur les fondements qui ont permis à un petit peuple de nomades de prospérer au point de devenir la plus grande puissance sous le ciel, en évoquant la géomancie du lieu, sa disposition par rapport à la carte céleste, ses richesses et sa fertilité, présentant cette steppe aride comme un pays de cocagne qui n'engendra que des hommes d'exception. Rédigée à l'occasion d'un pèlerinage aux tombeaux de ses ancêtres, cette ode rappelle les valeurs de frugalité et d'austérité des premiers temps.
 
 

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