L’alphabet de Comenius
Orbis sensualium pictus
Michael Endter, Nuremberg, 1658.
BnF, Imprimés, Réserve X. 1857
© Bibliothèque nationale de France
Il s'agit d'un ouvrage pédagogique bilingue (latin, allemand) fondé sur l’éducation sensualiste, comportant un dictionnaire thématique et un alphabet sonore. Modèles de prononciation : un alphabet oralisé.
L’abécédaire illustré est un genre qui ne commence à se développer qu’au XVe siècle, il demeure rarissime jusqu’aux Temps modernes. Pourtant, il existe au Moyen Âge des poésies amusantes où l’on apprend de très nombreux détails sur la prononciation des lettres, ainsi que sur les associations entre le nom des lettres et certains noms communs.
La lettre D, par exemple, est illustrée par le jeu de dés. La lettre L est une aile (" ele ") de chapon gras. La lettre N est un canard sauvage (alors appelé " enne").
De même, les hommes du Moyen Âge associent des sons aux noms de lettres. Le R est un chien qui grogne, parce que ce dernier fait " rrrr" en grondant. Le A est un enfant qui crie. Le O est la lettre de l’émerveillement, car un homme étonné arrondit la bouche pour dire " Oh !".
Par ces comparaisons, on connaît la façon dont les lettres étaient prononcées lorsque les enfants récitaient l’alphabet : les lettres B, C et D étaient accentuées (bé, cé, dé), les lettres F, L, M, N, R prononcées" effe", "ele ", " eme ", " ene " et " erre ". Le H connaît une double accentuation : " Ache " ou " Ha" au choix, dit le poète. Si l’on en croit ce dernier, le Y se prononce UI, car il se compose, de haut en bas, d’un V planté sur un I. Cette prononciation change peu aux Temps modernes, comme on peut en juger à l’alphabet sonorisé du manuel d’éducation sensualiste de Comenius, en 1658.
 
 

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