Exemplaire sur papier des Grandes Chroniques de France
Grans croniques de France, Paris, Robert Gaguin, 1516
Gaguin Robert, Paris, 1516.
Textes imprimés
BnF, Réserve des livres rares, Rés. fol. L35.8 (1)
© Bibliothèque nationale de France
C’est vers 1250 que le roi Louis IX (connu aujourd’hui sous le nom de saint Louis ) commande à un moine de Saint-Denis, Primat, un énorme travail : réaliser une chronique de la monarchie française, véritable compilation d’œuvres latines antérieures, rédigée en français, en "roman langue vulgaire parlée par les laïques, langue du plaisir et de la récréation. Primat appelle son livre le Roman des Rois, car il s’agit pour lui de "fere cognoistre… la geste des rois". Il rétablit les Capétiens dans la droite lignée de Charlemagne, suivant en cela les préoccupations du souverain qui, au même moment, procède à la réorganisation des tombes royales dans l’abbatiale. Car les liens sont étroits entre les rois de France et l’abbaye de Saint-Denis, où sont enterrés la plupart des souverains capétiens et conservés les regalia, les insignes de la royauté : la couronne, le sceptre, l’épée, la main de justice. Œuvre décisive puisqu'elle bénéficiait de l'autorité royale qui l'avait commandée et approuvée, le Roman des Rois fut terminé en 1274 et offert à Philippe III le Hardi, la caution royale rendant l'œuvre de Primat authentique et lui conférant ainsi le caractère d'une vérité officielle que nul ne pouvait mettre en doute.
Au total près de 700 manuscrits des Chroniques de France sont aujourd’hui conservés. Le succès est considérable, surtout à partir du règne de Charles V. Les ateliers parisiens fournissent des dizaines de manuscrits des Grandes Chroniques de France. Volumineux et dotés de nombreuses miniatures, ces coûteux exemplaires sont surtout destinés aux princes et à leur entourage immédiat. Les nobles sont particulièrement sensibles à une histoire qui fixe la mémoire de leurs exploits ainsi que celle de leurs privilèges. Avec le retour de la paix vers 1450, on se remet à copier les Grandes Chroniques (30 manuscrits en vingt ans), puis à les imprimer fréquemment après 1477. Mais désormais la plupart des nouveaux manuscrits sont sur papier, en écriture cursive abrégée, avec peu de miniatures. Le succès des Grandes Chroniques s’éteint alors très vite, dès la fin du XVe siècle, peut-être parce que le public lettré est un peu las de cette histoire purement et simplement monarchique. Les "Intellectuels" du Moyen Âge ont besoin d’autres sources pour alimenter leur réflexion et c’est la raison pour laquelle on ne retrouve aucun exemplaire des Grandes Chroniques chez les docteurs de l’université parisienne.
 
 

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