Bible du comte Rorigon, ou Bible de Saint-Maur-des-Fossés. - Saint-Martin de Tours
Livre d'Osée, prologue et incipit. Initiales N et V ornées, texte en caroline, début en onciale
France, Moyen Âge.
Manuscrits à peinture
BnF, Manuscrits occidentaux LATIN 3
© Bibliothèque nationale de France
L'abbaye Saint-Martin de Tours fut dans la première moitié du IXe siècle un centre éditorial de première importance. On a recensé pas moins de quarante-cinq bibles (dont il ne reste parfois plus aujourd'hui que des fragments), qui paraissent provenir de ce scriptorium réputé avant que le monastère ne soit envahi par les Normands, en 853. Ce sont en général d'énormes volumes (plus de 400 feuillets), de format monumental (55 x 40 cm), écrits sur deux colonnes d'environ cinquante lignes, qui contiennent le texte complet de la Bible (ou pandectes) avec les Prologues et les tables de Canon. Une mise en page claire et aérée, soutenue par une recherche calligraphique nouvelle, en facilite la lecture. Le titre du Livre biblique est inscrit en grandes lettres capitales sur des lignes alternativement rouges et brunes. En raison de son caractère sacré, le nom du Livre ("Livre d'Osée") est inscrit en lettres d'argent, aujourd'hui oxydées, sur fond de parchemin teinté en pourpre. Une majuestueuse écriture onciale définit l'incipit, c'est-à-dire le début, du Prologue et du texte de la Bible. Elle se poursuit en écriture semi-onciale sur le nombre de lignes correspondant à la lettre ornée. Le texte continue en belle minuscule "caroline" tourangelle, cette nouvelle écriture harmonieuse et claire, l'un des signes les plus visibles de la Renaissance carolingienne. C'est vraisemblablement Alcuin qui fut à l'origine de la prospérité éditoriale de Tours. Avant de diriger l'abbaye, de 796 jusqu'à sa mort en 804, il avait été, à la tête de l'Ecole palatine à Aix-la-Chapelle, l'un des principaux inspirateus de l'action réformatrice de Charlemagne. Pendant son séjour à Tours, il révisa à la demande de celui-ci le texte de la Bible. Il n'était pas question alors, contrairement à ce que l'on a cru, "d'éditer" un texte officiel de la Bible. De fait, la popularité et l'influence de cette révision assurèrent, bien après la mort d'Alcuin (804) et de Charlemagne (814), le triomphe de la Vulgate, traduction latine de la Bible due à saint Jérôme, sur la version latine antérieure, appelée Vetus latina. Ces splendides bibles faisaient l'admiration de leurs contemporains. Le scriptorium de Tours en produisait au moins deux par an, chiffre énorme étant donné leur taille. Elles étaient destinées à l'empereur, à de grands princes ou évêques de la famille carolingienne ou à d'autres abbayes. Une mention inscrite à la fin de celle-ci, recommandant à la prière des lecteurs son commanditaire, indique qu'elle fut copiée pour un des gendres de Charlemagne, le comte Rorigon, duc du Maine qui, vers 838-839, en fit don à l'abbaye Saint-Maur-de-Glanfeuil, près d'Angers. Fuyant les invasions des Normands en 868, les moines de Saint-Maur-de-Glanfeuil la transportèrent, avec les reliques de leur saint patron, saint Maur, sur les bords de la Marne, non loin de Paris, en un lieu qui s'appellera Saint-Maur-des-Fossés. On copia alors sur les derniers feuillets du manuscrit une Vie de saint Maur et quelques chapitres du polyptique (registre inventaire des biens) de l'abbaye. Le mansucrit lui-même était précieusement conservé à côté du tombeau du saint. (M.-H. T.)
 
 

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