La construction des quatre villes primordiales de l'histoire de l'humanité, Jean de Courcy ; La Bouquechardière
Jean de Courcy ; La Bouquechardière, France, Moyen Âge.
Manuscrits à peinture
BnF, département des Manuscrits, Français 20124, fol. 154
© Bibliothèque nationale de France
Aux diverses contraintes auxquelles sont soumis les artistes s'ajoute encore l'obligation de se conformer au style pictural de leur époque et de leur pays. À celui qui désirait devenir peintre ou enlumineur, on conseillait de se choisir un bon maître, de suivre son enseignement, de l'imiter le mieux possible. C'est au travers de cet acquis que le génie personnel pourrait s'exprimer en son temps lorsque le jeune artiste aurait atteint une certaine expérience. En France, le style a considérablement évolué au cours des trois derniers siècles du Moyen Âge. L'écart est frappant entre le style linéaire des manuscrits du XIIIe siècle, avec leurs formes fortement dessinées, à peine modelées, héritées de l'époque romane, leur coloris restreint et monotone, et les scènes chatoyantes des manuscrits du XVe siècle, laissant place à la perspective et aux volumes structurés.
Ce manuscrit de l'école de Rouen présente, dans un riche encadrement de rinceaux fleuris, une image unique qui regroupe la construction des quatre villes primordiales de l'histoire de l'humanité. En haut à gauche, Antenor fait bâtir Venise, tandis qu'à droite Francion, vêtu de lys, surveille la construction de Sycambria. En bas à gauche, Didon accompagnée d'Enée fait élever Carthage tandis qu'à droite Romulus bâtit Rome. Un bras de mer en forme de T isole les scènes et signifie un « ailleurs » dans le temps ou l'espace sans qu'on puisse lui donner un sens réaliste. Inspirée d'un manuscrit royal, cette enluminure insiste sur le rôle du chef et glisse sur les détails gênants. Nous ne verrons pas Enée abandonner Didon, ni Romulus tuer Rémus !
 
 

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