La Conque, 1er mars 1891-15 décembre 1892
La Conque 1er mars... Maquette de la deuxième page de la couverture du numéro spécimen.
France, 1891-1892.
BnF, Réserve des livres rares, RES M-YE-608 (1-3)
© Bibliothèque nationale de France
« Ces petites églises où les esprits s'échauffent, ces enceintes où le ton monte, où les valeurs s'exagèrent, ce sont de véritables laboratoires pour les lettres. » Ainsi Paul Valérie évoquait-il les petites revues dans son discours de réception à l'Académie française. L'époque était aux petites revues. Pierre Louÿs, dès dix-neuf ans, songeait à en créer une. Il envisageait de l'appeler : Journal des Inconnus. Il lui préféra un titre plus précieux, plus symboliste : La Conque, dédiée uniquement à la poésie. Elle rassembla de jeunes inconnus : Edmond Fazy, Maurice Quillot, mais aussi Pierre Louis, André Gide, Léon Blum, Paul Valéry. Celui-ci dira de Louis : « C'est lui qui m'a pris au collet pour me jeter aux lettres. J'avais dix-neuf ans et je ne comptais pas du tout devenir marchand de vers. » Chaque livraison était introduite par « un des poètes les plus justement admirés de ce temps » : Leconte de Lisle, Léon Dierx, Heredia, Mallarmé, Swinburne, Judith Gautier, Verlaine, Moréas, Charles Morice, Maeterlinck et Henri de Régnier. Cette élégante et mince revue de huit pages, tirée à cent exemplaires sur hollande et vingt sur japon, devait comporter douze numéros plus un treizième réservé à des œuvres plus audacieuses. Non mise dans le commerce, elle était vendue par souscription et le prix en était délibérément élevé. Un numéro spécimen, daté du 1er mars 1891, précisait que la revue paraîtrait deux fois par mois. Pierre Louÿs l'envoya aux libraires, aux journaux ainsi qu'à des personnalités aussi éminentes que Maupassant, Émile Zola, Ernest Renan, Maurice Barrès, Saint-Saëns ou Degas. En fait la revue parut tous les mois et s'arrêta au numéro 11. La collection complète sur japon de La Conque conservée à la Réserve est d'une très grande rareté. Sur les vingt exemplaires, seuls en subsisteraient moins de dix. Les documents qui accompagnent celui-ci lui donnent un caractère unique. Les maquettes et sommaires dressés de la main de Pierre Louÿs, les listes des personnes à qui il destinait le numéro publicitaire du 1er mars, la dernière comprenant cent cinquante noms, montrent le prix qu'il attachait à la reconnaissance de ses pairs. Émouvante est la liste où il indique : « à porter moi-même » et qui s'ouvre sur le nom de Mallarmé suivi de ceux de José Maria de Heredia, Henri de Régnier et de son frère Georges. La lettre du 23 février 1893 du directeur de La Plume, Léon Deschamps, s'enquérant du numéro 12, offrit à Louÿs l'occasion de donner les raisons de sa non-parution : la maladie de Félicien Rops, qui l'empêcha d'achever le frontispice prévu en tête de ce numéro. Parmi les épreuves corrigées par les auteurs, celles de Mallarmé, celles de Swinburne et les siennes modestement signées P. L. M. F. Q
 
 

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