Arthur Rimbaud. Poésies complètes : exemplaires d'épreuves
Exemplaire comportant les poèmes en premières épreuves (19-20 juillet 1895) en vue de la seconde édition collective. La préface est de Paul Verlaine, Arthur Rimbaud ; Paul Verlaine
Paul Verlaine., Arthur Rimbaud ; Paul Verlaine, France, 1895.
Manuscrits, tapuscrits
BnF, Réserve des livres rares, Rés. p.Ye. 1649.
© Bibliothèque nationale de France
Jusqu'à la publication par Paul Verlaine, en 1884, des Poètes maudits, suivie deux ans plus tard par l'édition, dans la revue La Vogue, des Illuminations, l'œuvre d'Arthur Rimbaud était ignorée. Certes, Une saison en enfer avait bien été imprimé en 1873, mais longtemps seuls six exemplaires de cette édition circulèrent, dont celui de Verlaine qui, au début de 1875, eut un moment entre ses mains la plus grande partie d'une œuvre qu'il ne se pressa pas d'abord de faire connaître. Ayant prêté fort légèrement à son beau-frère les manuscrits des poèmes de 1872 et celui des Illuminations, qu'il ne put jamais récupérer, il lui fallut même, au moment des Poètes maudits, emprunter à d'autres les six poèmes inédits qu'il y publia. Toute une génération découvrit Rimbaud grâce à ce livre, et notamment un jeune homme, Rodolphe Darzens, qui devint pendant quelques années le plus actif découvreur de manuscrits rimbaldiens, au point de présenter en 1891, sous le titre de Reliquaire, le premier recueil des poésies. Verlaine dut penser alors que c'en était fini du projet qu'il avait chez Vanier d'un "Rimbaud complet". Heureusement pour lui, l'éditeur Genonceaux bâcla si bien Reliquaire que Darzens en obtint la saisie, sa préface, inachevée, ayant été publiée sans son accord. La route semblait dégagée quand Isabelle Rimbaud annonça, au début de 1892, qu'elle interdirait toute publication des textes de son frère, mort depuis quelques mois, et toute préface qui n'aurait pas son aval. Négocier avec elle s'avérant inutile, Vanier préféra laisser dormir l'affaire jusqu'en juillet 1895, quand Isabelle, de guerre lasse, céda, mais à la condition que son point de vue - Rimbaud mort "comme un saint avec une foi convaincue" - fit l'objet d'une notice en tête du volume. Outre les corrections de Verlaine à sa préface, qu'il livra en hâte le 28 août 1895, ces épreuves nous révèlent les étranges hésitations de Vanier, qui d'abord garda le titre de Reliquaire et la préface de Darzens, puis décida de supprimer tout préliminaire, avant de s'adresser enfin pour cela à Verlaine. On comprend mieux que celui-ci ait pris quelque distance avec un recueil dont il n'avait pas été le maître, mais sans rien céder pour autant aux exigences d'Isabelle. Son texte préserve l'essentiel jusqu'à la dernière phrase sur Rimbaud, "mort jeune [...] mais dans son vœu bien formulé d'indépendance et de haut dédain de n'importe quelle adhésion à ce qu'il ne lui plaisait pas de faire ni d'être". A. C.
 
 

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