Histoire de l’imprimerie et de la librairie, où l’on voit son origine & son progrés, jusqu’en 1689. Divisée en deux livres
Paris : Jean de La Caille, 1689 (impr. Paris, Pierre II Le Mercier ; achevé d’imprimer le 10 mars 1689), in-4°., Jean de La Caille
Jean de La Caille ; Pierre II Le Mercier, Paris, 1689.
Textes imprimés et illustrés
© Bibliothèque nationale de France
L’Histoire de l’imprimerie et de la librairie, rédigée et publiée par l’imprimeur-libraire parisien Jean II de La Caille (1645-1723), est le premier « monument » de l’histoire du livre imprimé dans la capitale dû à un professionnel du livre parisien. Le deuxième bandeau gravé de l'ouvrage, non signé (p. 1), constitue l’une des rares représentations relativement réalistes dont on dispose pour les ateliers d’imprimerie européens de la fin du XVIIe siècle. L’espace de l’imprimerie apparaît certes exceptionnellement vaste, lumineux (au moins deux grandes baies sont visibles) et dégagé. Autour d’une seule à presse à bras, étançonnée au plafond et présentée en perspective, bien des ouvriers s’activent, tous chapeautés. Au centre, on distingue nettement deux ouvriers pressiers, l’un tirant le barreau de la presse, l’autre à sa gauche frottant ses balles en vue de l’encrage de la forme imprimante. À leur droite, au premier plan, un autre ouvrier semble occupé à taquer une forme, tandis qu’à l’extrémité droite de l’image deux compositeurs, face à face chacun devant sa casse, travaillent à « lever la lettre ». Au fond, à gauche, figure un personnage rarement représenté et presque insolite dans une imprimerie de l’époque : le fondeur de caractères (métier distinct de celui d’imprimeur) œuvrant devant son fourneau fumant prolongé par un conduit d’évacuation assez sommaire. Dans le même coin de la pièce pend — classiquement — un chapelet de feuilles en train de sécher. Enfin, au fond à droite, contre un mur présentant sept panneaux de bibliothèque, on aperçoit, de part et d’autre d’une table ou d’un bureau, deux personnages perruqués — auteurs ou correcteurs ? — visiblement occupés à relire et à annoter des épreuves (l’un d’eux tient une plume à la main). Dans cet atelier idéal, propre, non encombré, clair et spacieux, une seule presse semble donner de l’ouvrage à quasiment huit personnes. Cette abondance de personnel pour un parc réduit de machines est bien entendu une vue de l’esprit, de même que l’espace lui-même et la décoration (fenêtres, bibliothèque, panneaux). Mais la gravure atteint son but en donnant à voir la complémentarité des métiers liés au livre et l’imbrication nécessaire de la technique la plus précise (fonderie, presse) et de la vie de l’esprit (présence d’une bibliothèque et de gens de lettres).
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu