Missale ecclesiae S. Victoris
Folio A1
Paris, 1529.
Manuscrits à peinture
BnF, Réserve des livres rares, VELINS-243
© Bibliothèque nationale de France
Fondée au XIIe siècle sur la Montagne Sainte-Geneviève, l'abbaye Saint-Victor avait perdu à la fin du Moyen Âge la renommée intellectuelle et religieuse de ses débuts. Après une réforme interne de 1499 à 1515, l'abbaye, chef d'ordre de la congrégation des chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin réformé, redevenue une maison de stricte observance, connut un nouvel élan sous la direction de l'abbé Jean Bordier, qui entreprit d'importants travaux. En 1517 commença la reconstruction de l'église. Le gros oeuvre du choeur et la toiture furent achevés en 1529. C'est sans doute à cette occasion que Saint-Victor fit imprimer pour la première fois son Missel, destiné à tous ses prieurés, abbayes et cures. L'ouvrage ouvre sur une grande image qui résume les particularités de l'ordre : aux pieds de la Vierge, saint Victor, en chevalier avec les armes de l'abbaye sur son oriflamme et son bouclier, et saint Augustin, qui porte son emblème du coeur percé d'une flèche, présentent Gilduin et Thomas, les premiers abbé et prieur, et Hugues et Richard, les fondateurs de l'Ecole de Saint-Victor et sainte Geneviève, patronne de la grande abbaye voisine (et souvent rivale). L'exemplaire sur vélin, entièrement peint, servit probablement pour la messe solennelle célébrée en la fête de saint Victor, le 21 juillet 1530, par l'évêque de Paris dans le choeur achevé avec ses vitraux, ses stalles et son autel. Son iconographie s'écarte parfois de celle des gravures : le chapitre "In dedicatione ecclesie" est illustré par la scène même de la dédicace et les messes de saint Victor et saint Augustin mettent en valeur ces saints en supprimant sainte Geneviève et en rajoutant des chanoines, aisément reconnaissables à leur robe blanche et leur chape noire. Ce souci d'affirmer l'identité des Victorins s'était déjà manifesté en 1526, quand l'abbé Jean Bordier avait établi la première édition complète des oeuvres d'Hugues de Saint-Vicor. Malgré cette phase d'activité intense, l'abbaye ne semblait pas prête à affronter les idées nouvelles et Rabelais, en 1532, dans Pantagruel, fit de sa bibliothèque le symbole des vains débats scolastiques. A peu près ruinée par le système de la commende, l'abbaye déclina après le décès de Jean Bordier en 1543, mais sa bibliothèque resta un lieu accueillant aux savants, comme en témoignent les visites de Giordano Bruno en 1586 et 1586. (G. G.-C.)
 
 

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