Comment naît la page ?
 


L'homme peut écrire sur n'importe quel support, de n'importe quelle taille. Borges ne rêvait-il pas d'une carte de la Chine aux dimensions de son empire ?

Aux antipodes de cette démesure, Anaximandre, premier cartographe du monde grec imagina de représenter la totalité de l'univers habité dans l'espace d'une petite tablette qui tenait dans la paume de la main. C'est de cette extrême réduction de format que la page tire son énergie abréviative. D'argile, de pierre ou de papyrus, la première page se construit dans la proximité du corps, aux dimensions de l'œil et de la main.

La page des rouleaux égyptiens ou grecs de l'Antiquité constituée de feuillets collés bord à bord sur une longueur ne dépassant pas 10 mètres, devient dans le codex, livre fait de cahiers de parchemin pliés, découpés et cousus, un espace séparé, autonome, discontinu, entièrement prêt à se plier aux exigences intellectuelles du texte. La page se fait le berceau d'une émancipation progressive du texte. En même temps, le codex permet l'essor à pleine page de l'image.

Différente est la tradition chinoise : tant qu'y dure le rouleau, il n'y est pas question de page. Chaque lecteur crée à sa guise, l'unité de lecture qui lui semble la plus appropriée.