La cour du comte de Foix

Arrivé à la cour d’Orthez le 25 novembre 1388, Froissart, le célèbre chroniqueur, y demeura 12 semaines après avoir traversé la France depuis Blois pour s’entretenir avec "le gentil comte de Foix" dont les faits et gestes défrayaient toutes les cours : "le drame d’Orthez" était particulièrement entouré de mystère. Ce séjour fut décisif pour le destin posthume de Phébus qui sut gagner la confiance du plus remarquable reporter de son temps. Le Voyage en Béarn est d’ailleurs un des moments les plus fameux de l’œuvre de Froissart qui magnifia également son hôte dans ses Pastourelles.
  

      
    Les soupers à la cour de Phébus


 

 

  

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"En cel état que je vous dis le comte de foix vivoit. Et quand de sa chambre à mie nuit venoit pour souper en la salle, devant lui avoit douze torches allumées que douze valets portoient ; et icelles douze torches étoient tenues devant sa table qui donnoient grande clarté en la salle ; laquelle salle étoit pleine de chevaliers et de écuyers, et toujours étoient à foison tables dressées pour souper qui souper vouloit. Nul ne parloit à lui à sa table s'il ne l'appeloit. Il mangeoit par coutume fors volaille, et en especial les ailes et les cuisses tant seulement, et guère aussi ne buvoit. Il prenoit en toutes menestrandie grand ébatement, car bien s'y connoissoit. Il faisoit devant lui ses clercs volontiers chanter chansons, rondeaux et virelais. Il séoit à table environ deux heures, et aussi il véoit volontiers étranges entremets, et iceux vus, tantôt les faisoit envoyer par les tables des chevaliers et des écuyers. Brièvement et tout ce considéré et avisé, avant que je vinsse en sa cour je avois été en moult de cours de rois, de ducs, de princes, de comtes et de hautes dames, mais je n'en fus oncques en nulle qui mieux me plût, ni qui fût sur le fait d'armes plus réjouie comme celle du comte de Foix étoit. On véoit en la salle et ès chambres et en la cour, chevaliers et écuyers d'honneur aller et marcher, et d'armes et d'amour les oyoit-on parler. Toute honneur étoit là dedans trouvée. Nouvelles de quel royaume ni de quel pays que ce fût là dedans on y apprenoit ; car de tous pays, pour la vaillance du seigneur, elles y appleuvoient et venoient. Là fus-je informé de la greigneur partie des faits d'armes qui étoient avenus en Espagne, en Portingal, en Arragon, en Navarre, en Angleterre, en Escosse et ès frontières et limitation de la Langue d'Oc ; car là vis venir devers le comte, durant le temps que j'y séjournai, chevaliers et écuyers de toutes ces nations. Si m'en informois, ou par eux ou par le comte qui volontiers m'en parloit."

Jean FROISSART, Les Chroniques, édit. par Buchon, livre III, Paris, 1836, page 399.