L’art de Pierrot

Le Roman de Renart
Texte établi et traduit par Jean Dufournet et Andrée Méline
GF-Flammarion, 1985. Tome 1, p. 43
 
PIERROT qui mit son intelligence et son art
à écrire en vers l'histoire de Renart
et d'Isengrin son cher compère
ne traita pas le plus piquant de son sujet,
car il négligea le procès
et le jugement qui eurent lieu
à la cour de Noble le lion
à propos de la fornication immodérée de Renart,
qui nourrit tous les vices en son sein,
avec dame Hersant, la louve.
L'histoire, en son début,
rapporte que l'hiver venait de se terminer,
que la rose s'épanouissait,
que l'aubépine était en fleur
et que, à l'approche de l'Ascension,
sire Noble le lion
convoqua toutes les bêtes
dans son palais pour tenir sa cour.
Aucune bête n'eut l'audace
de s'attarder - toutes affaires cessantes -
et de ne pas accourir
si ce n'est le seigneur Renart,
ce mauvais larron, ce fourbe,
que les autres ne cessent d'accuser
et de calomnier devant le roi
pour son orgueil et son inconduite