Le manuscrit BnF Français 12584

Le Roman de Renart a connu un immense succès, dont témoigne le nombre important de manuscrits conservés, parmi lesquels se distingue le mss Fr. 12584 pour l’exceptionnelle abondance de ses illustrations : 513 miniatures, exécutées d’une manière un peu naïve, mais pleines de verve et de réalisme, comme dans la bande dessinée. Le texte, copié en écriture gothique, présente une version abrégée des épisodes.
   

Le manuscrit BnF Français 12584 a été exécuté durant la première moitié du XIVe siècle dans le Nord ou le Nord-Est de la France. Il est illustré de 513 peintures, rectangulaires et de petites dimensions, enchâssées dans les colonnes de texte. Elles illustrent les principaux moments de la narration. Parfois, sur un même feuillet, plusieurs miniatures sont consacrées au même épisode qu'elles découpent alors comme un véritable "story-board".

Des vignettes pleines de verve

Renart et Ysengrin sont les principales figures d'un peuple d'animaux qui dévoile tout un pan de la société féodale du Moyen Âge, ses codes, ses coutumes judiciaires, ses moeurs guerrières, mais aussi ses travers. Le fond doré des miniatures fait ressortir les postures et gestes des protagonistes, dont les enlumineurs ont exagéré des traits physiques pour mieux parodier à travers eux les caractères de leurs contemporains : ainsi Renart incarne-t-il l’astuce, Ysengrin la stupidité, le roi Noble la majesté, etc. Esquissées tout au long du manuscrit, ces analogies entre le comportement des animaux et celui des hommes constituent une remarquable satire de la société médiévale qui s’accorde bien avec l’esprit caustique du texte, copié ici dans une version fortement abrégée contenant les récits des principales branches du roman.

Le texte est copié en écriture gothique sur deux colonnes, ainsi qu’il est d’usage dans les manuscrits de cette époque contenant des textes en vers. Chaque initiale en début de vers forme avec les autres une ligne verticale décorative. Des initiales filigranées bleues et rouges, certaines avec des prolongements décoratifs qui se développent dans les marges, marquent les principales articulations du texte, et l’on trouve, disséminés tout au long du manuscrit, de nombreux dessins marginaux généralement destinés à souligner un passage précis du texte : manicules, bustes de personnages, visages caricaturaux appartenant au répertoire drôlatique de l’art gothique...
Le texte présente un mélange de traits dialectaux du Nord, du Nord-Est et de l’Est de Paris qui suggèrent qu’il a pu être copié dans les Ardennes, une zone géographique qui devait être familière aussi bien aux Dammartin qu’aux Roye, commanditaires présumés du manuscrit.

 

Un mystérieux commanditaire

Le manuscrit est passé successivement par les bibliothèques de Sedan puis du duc de La Vallière (1708-1780). Le manuscrit a-t-il été réalisé pour Guy de Roye (v. 1345-1409), bibliophile notoire, qui fut archevêque de Tours, Sens et Reims ? Au verso du dernier feuillet du manuscrit (f. 157v) figurent les marques de possession postérieures de plusieurs membres de la famille de Roye, ce qui tend à confirmer cette hypothèse. Toutefois, il est également possible que le manuscrit ait été commandé par un membre de la maison des Dammartin, dont le blason figure dans la marge du f. 53v (un écu fascé d’argent à la bordure de gueules), et qu’il soit ensuite passé entre les mains des Roye par un jeu d’alliances matrimoniales entre les deux familles – alliances pour lesquelles nous avons conservé plusieurs traces généalogiques, notamment au XIIIe siècle. Sur la première page du manuscrit (f. 1r) figure un personnage, sans doute le commanditaire, agenouillé en prière aux pieds de la Vierge à l’Enfant.

  

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BnF mss Français 12584
Manuscrit copié en France du Nord ou du Nord-Est, dans la 1ère moitié du XIVe siècle
Parchemin, 157 ff. à 2 col. (28 x 20 cm), enluminé de 513 miniatures.
Reliure de maroquin rouge à filets dorés datant du XVIIIe siècle.
Provient des bibliothèques de Sedan et du duc de La Vallière.
Ancienne cote : Supplément français 9814.
Ms. I de l'édition de M. Ernest Martin (Strasbourg, 1882), t. I, p. XIII-XIV, et Supplément, p. 5-6.