Roman de Renart
Le roi Noble le lion réunit toutes les bêtes de sa cour en son palais
En dessous : Le commanditaire agenouillé en prière aux pieds de la Vierge à l'enfant
Nord de la France, début du XIVe siècle
Parchemin (157 ff., 27,8 x 19,5 cm)
BnF, Manuscrits, Français 12584 fol. 1
Le commanditaire du manuscrit
Le personnage représenté agenouillé en prière aux pieds de la Vierge à l'Enfant est sans doute le commanditaire, c'est-à-dire celui qui a commandé le manuscrit à l'atelier de copie. Peut-être est-ce le bibliophile Guy de Roye (v. 1345-1409), archevêque de Tours, Sens et Reims, ou un membre de la famille des Dammartin.

La question de l'auteur
« Pierrot, qui mit son intelligence et son art à écrire en vers l'histoire de Renart et d'Ysengrin son cher compère. »
Ainsi commence le texte qui laisse croire qu'un certain Pierrot en est l'auteur. Il s'agit d'un clerc, c'est-à-dire un moine savant, connu sous le nom de Pierre de Saint-Cloud. C'est le premier contributeur du Roman de Renart, mais il n'en est pas le seul. Après lui, une vingtaine de clercs restés anonymes se sont amusés à filer les aventures du goupil et du loup, ajoutant des épisodes ou les remaniant à leur gré. Ainsi s'est constitué le Roman de Renart, en un ensemble de récits décousus que l'on appelle des "branches" et que les copistes ont rassemblé dans un même manuscrit.

Extrait du texte :
« A l'approche de l'Ascension, sire Noble le lion convoque toutes les bêtes dans son palais pour tenir sa cour. Aucune bête n'a l'audace de s'attarder et de ne pas accourir, toutes affaires cessantes, si ce n'est le seigneur Renart, ce fourbe, que les autres ne cessent d'accuser et de calomnier devant le roi pour son orgueil et son inconduite. Et Ysengrin, qui ne le porte pas dans son cour, se plaint solennellement le premier et dit au roi : "Cher et noble roi, fais-moi donc justice de l'adultère que Renart a commis avec mon épouse, dame Hersent, après l'avoir enfermé dans Maupertuis sa demeure pour lui faire violence et pour uriner sur tous mes louveteaux : c'est la plus fraîche de ses offenses. [.]" Le roi lui répond : "Ysengrin, renoncez à ce procès. Loin d'en tirer profit, vous ne faites que rappeler votre infortune. Bien naïfs sont les rois et les comtes et ceux qui tiennent les grandes assemblées récoltent des cornes par les temps qui courent. Jamais, d'un si petit dommage ne naquit tant de désolation et de fureur. Croyez-moi, dans ce genre d'affaire, il vaut mieux se taire."... »