Le jaillissement de la lumière
      Un décor luxueux
  Calice du sacre  

Pour moi, je déclare que ce qui m'a surtout paru juste, c'est que tout ce qu'il y a de plus précieux doit servir par-dessus tout à la célébration de la Sainte Eucharistie. Si les coupes d'or, si les fioles d'or, et si les petits mortiers d'or servaient, selon la parole de Dieu et l'ordre du prophète, à recueillir le sang des boucs ou des veaux ou d'une génisse rouge : combien davantage pour recevoir le sang de Jésus-Christ, doit-on disposer les vases d'or, les pierres précieuses, et tout ce que l'on tient pour précieux dans la création... Ceux qui nous critiquent objectent qu'à cette célébration doivent suffire une âme sainte, un esprit pur, une intention fidèle. Et, certes, nous sommes tout à fait d'accord que c'est cela qui importe vraiment avant tout. Mais nous affirmons que l'on doit servir aussi par les ornements extérieurs des vases sacrés, et en aucune autre chose autant que dans le service du Saint Sacrifice, en toute pureté intérieure, en toute noblesse extérieure.
Abbé Suger,
D'après Œuvres complètes de Suger, Paris, Veuve J. Renouard, 1867

        
      La profusion de richesse
     

Nous avons adapté au service de l'autel un vase de porphyre admirablement fait de la main du sculpteur et du polisseur, [...] le transformant, d'amphore qu'il était précédemment, en la forme d'un aigle avec de l'or et de l'argent [...] (Nous nous sommes procurés) un précieux calice fait d'une seule sardoine massive [...] et aussi un autre vase, de la même matière que celui-ci, mais non de même forme, ressemblant à une amphore [...] et encore un autre vase qui semble comme de béryl ou de cristal.
Abbé Suger,
D'après Œuvres complètes de Suger, Paris, Veuve J. Renouard, 1867.

        
      L'attaque de saint Bernard
      ... Ô vanité des vanités, mais encore plus folie que vanité ! L'église scintille de tout côté, mais le pauvre a faim ! Les murs de l'église sont couverts d'or, les enfants de l'Église restent nus... Dites-moi donc, pauvres moines - si toutefois vous êtes pauvres - dans le lieu saint, que vient faire l'or ? Pour parler clairement, c'est la cupidité qui fait tout le mal, la cupidité, esclave des idoles... car la vue des vanités somptueuses et surprenantes pousse plus l'homme à donner qu'à prier. Ainsi la richesse attire la richesse, l'argent attire l'argent. Par je ne sais quel ressort, plus la richesse s'étale, plus volontiers l'on donne.
Saint Bernard de Clairvaux. Lettre à Guillaume de Saint-Thierry.