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Ce que nous savons
du XIIIe siècle nous aide à interpréter
le carnet de Villard de Honnecourt et celui-ci illustre, à son
tour, certains aspects de l'époque où il a été
composé et l'état des connaissances techniques.
Au XIIIe siècle, la société européenne
occidentale est en profonde mutation. L'essor démographique qu'elle
connaît depuis le XIIe siècle s'accompagne notamment
de deux changements fondamentaux : le développement des cités
et l'extension des surfaces cultivées. Cette période est
souvent perçue comme une ère de progrès et de relative
prospérité. Elle s'exprime dans l'art gothique qui se répand,
dans la floraison des cathédrales qui modèlent un nouveau
paysage urbain, dans l'émulation intellectuelle des grandes cités.
Elle se manifeste par un développement des échanges économiques,
la réduction du nombre des disettes, les progrès techniques.
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Cependant,
comme l'écrivait Georges Duby, "L'époque, en fait, fut
dure, tendue, et fort sauvage". Les conflits entre les différentes
classes de la société sont fréquents. L'insécurité
et la crainte résignée du lendemain sont symbolisées
par la roue de Fortune, que l'on trouve souvent représentée
dans les églises et dans les manuscrits et notamment parmi les dessins
de Villard.
L'histoire des constructeurs et le développement des cathédrales
gothiques sont liés à l'essor des villes dans le monde
chrétien ainsi qu'à l'expansion des ordres monastiques que
connaît l'Europe dès la fin du premier millénaire.
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Un
contexte intellectuel foisonnant
Le manuscrit de Villard de Honnecourt est un témoignage révélateur
de l'intense période de progrès, de la curiosité
intellectuelle immense, de l'intérêt pour la Nature et l'expérimentation
qui se manifestent à l'époque.
L'élan intellectuel qui se manifeste au XIIIe siècle
est alimenté par la diffusion des écrits d'Aristote, transmis
par les Arabes, par le développement de la logique qui supplante
alors la rhétorique, et par l'usage croissant de la langue vulgaire
dans la littérature, les actes publics ou les écrits scientifiques.
En langue vulgaire, plus précisément en picard, paraît,
vers 1275, la Pratike de geometrie. Depuis l'époque de Gerbert
d'Aurillac, pape de l'an mil, à qui on attribue la Geometria
incerti auctoris, les connaissances en géométrie ont
considérablement progressé. Plusieurs traductions des Éléments
d'Euclide se sont succédé et des traités de géométrie
appliquée ont vu le jour, dont celui de Hugues de Saint-Victor,
Practica Geometriae. En 1193, est paru un ouvrage resté
anonyme, Artis cujus libet consummatio, puis en 1220, la Geometria
de Leonardo Pisano, rédigée en latin comme les précédents,
qui propose des recettes pratiques ainsi que des démonstrations.
Divers traités techniques paraissent aussi à cette époque,
notamment sur l'agriculture celui de Walter de Henley dont 32 copies
sont parvenues jusqu'à nous, et en 1240 celui de Robert Grosseteste.
En 1269, Pierre de Maricourt, originaire comme Villard de Picardie, rédige
la Lettre sur le magnétisme.
Un mot résume bien le climat intellectuel du XIIIe siècle:
c'est le mot disputatio, sorte de joute théorique.
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L'expansion
des ordres monastiques
Par deux fois, l'ordre bénédictin, fondé au VIe
siècle selon la règle de vie édictée par saint
Benoît, est contesté et suscite de nouvelles fondations.
Les relâchements à l'égard de la règle de saint
Benoît engendrent une première réaction : celle de
Bernon qui fonde en 910 l'abbaye de Cluny. L'ordre de Cluny rayonne rapidement
dans toute l'Europe, où il crée plus de 1400 maisons. Le
pape Grégoire VII s'appuiera sur lui pour entreprendre
son mouvement de réforme de l'Église, dite réforme
grégorienne.
À la fin du XIe siècle, les clunisiens sont critiqués
à leur tour pour leurs manquements à la stricte observance
de la règle. Robert de Molesmes et ses compagnons, moines clunisiens,
fondent en 1098 une nouvelle abbaye, en pleine forêt marécageuse,
à Cîteaux. Ils prônent le dénuement matériel,
l'austérité spirituelle et aussi celle du décor.
En moins de cent ans, le nouvel ordre cistercien va créer 530 monastères.
Parmi ceux-ci, l'abbaye de Clairvaux, fondée par saint Bernard,
et l'abbaye de Vaucelles, non loin de Honnecourt, que nous montre une
reproduction tirée des Albums de Croy.
Ainsi Villard de Honnecourt est-il contemporain d'une période qui
voit s'affronter deux conceptions du monachisme: celle des clunisiens,
dont l'abbé Suger, l'ami du roi de France, en charge de l'abbaye
de Saint-Denis, fut le plus éminent représentant,
et celle des cisterciens.
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1180-1223
: Philippe Auguste "rassembleur de terres"
Le siècle de Villard de Honnecourt est marqué par le renforcement
du pouvoir royal et la centralisation des institutions sous l'autorité
des rois capétiens. Philippe II (1180-1223), surnommé Auguste,
est le premier souverain à porter officiellement le titre de roi
de France et non plus celui de roi des Francs. Il consolide durablement
le pouvoir royal et inaugure un mouvement de centralisation des institutions.
Le souverain étend le domaine royal : par mariage ou héritage,
il annexe l'Artois, l'Amiénois, une partie du Vermandois et une partie
de l'Auvergne; il s'empare par les armes de l'Anjou, de la Normandie, du Maine
et du Poitou. L'ambition du roi conquérant se heurte aux Plantagenêts
qui possèdent tout l'ouest de la France.
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Dans ce conflit qui se poursuit pendant une grande partie de son règne,
Philippe Auguste, soutenu par les milices communales, triomphe à
Bouvines le 27 juillet 1214 où il défait la coalition générale
qui s'est fomentée contre lui. Elle réunit le roi d'Angleterre
Jean sans Terre, les comtes de Flandre et de Boulogne, l'empereur de Germanie
Otton IV. La victoire de Bouvines restera dans l'histoire "la bataille
qui a fait la France" ; la défaite de la haute féodalité
ouvre une ère nouvelle : la "conscience nationale" apparaît.
Sur le chemin le menant à Paris, Philippe Auguste est acclamé,
une foule nombreuse l'accueille triomphalement dans la ville qui est en
train de devenir la capitale du royaume. Le roi s'appuie sur l'Église
et le mouvement communal naissant pour développer sa suzeraineté
sur les féodaux et affaiblir leurs pouvoirs. Le roi devient "le
plus grand ouvrier de l'unité française au Moyen Âge".
Dans le même temps, l'influence royale s'impose dans le Midi avec
la croisade contre les Albigeois (1209-1218) qui permet le rattachement
d'une partie du Languedoc et de la Provence.
L'extension du domaine conduit le roi à consolider le pouvoir royal
et à le centraliser en créant des baillis et des sénéchaux.
Entre 1185 et 1215, le roi confirme de nombreuses communes. Les villes et
la bourgeoisie se développent. Les communes bénéficient
de la reprise commerciale et économique. Le roi protège les
villes, aux dépens des seigneurs.
Sous le règne de Philippe Auguste, Paris devient la capitale du royaume.
En 1186, il fait paver la ville. De 1190 à 1220, il fait bâtir
une nouvelle enceinte. En 1215, le premier statut de l'Université
de Paris est rédigé.
En 1223, le royaume a quadruplé en superficie, le pouvoir royal est
fort, le royaume est uni.
Louis VIII (1223-1226) consolide l'entreprise de son père.
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1226-1270
: Louis IX ou Saint Louis, le pacificateur
À la mort de Louis VIII, sa femme, Blanche de Castille, assure la
régence. Elle doit défendre le pouvoir de son fils, Louis
IX, contre la révolte des grands vassaux. Devenu majeur, Louis IX
entend perpétuer l'"héritage capétien" de
son grand-père et de son père. Il poursuit l'entreprise de
consolidation du pouvoir royal, perfectionne et centralise les institutions.
Il veut faire régner l'ordre et la justice. Des enquêteurs
royaux surveillent les baillis et répriment les abus des officiers
royaux. Un tribunal royal permanent est établi, les finances sont
contrôlées. Une monnaie stable, l'écu, est créée.
Le roi prend des décisions par ordonnances. Il est assisté
par des conseillers. La Cour est partagée en conseils : le conseil
politique, la Chambre des comptes pour les finances, le Parlement pour les
affaires de justice. Les baillis et sénéchaux remplissent
des fonctions judiciaires et financières au nom du roi dans les provinces.
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En
1259, le traité de Paris met fin pour un temps au conflit franco-anglais
et le roi d'Angleterre se reconnaît le vassal du roi de France.
Durant son règne, Louis IX participe à deux croisades, la
croisade d'Égypte, de 1249 à 1254, et celle de Tunis où
il trouve la mort en 1270. Il lutte contre les hérésies
dans son propre royaume (croisade contre les Albigeois, 1226-1229). Il
réunit ainsi les pays de langue d'oïl et de langue d'oc.
Louis IX apparaît
alors comme le prince chrétien par excellence : pieux, époux
modèle, preux chevalier, équitable, arbitre, pacificateur,
habile et déterminé. Il est canonisé en 1297.
Sous son règne, le pays connaît une période d'essor
économique. Le commerce et l'artisanat sont prospères. Le
temps des cathédrales matérialise l'alliance entre le roi
et l'Église, et la diffusion d'une foi "renouvelée".
Paris est alors le centre intellectuel de la chrétienté.
À la
mort de Saint Louis, son fils Philippe III le Hardi (1270-1285) perpétue
son uvre. Philippe IV le Bel lui succède (1285-1314) : homme
politique habile, il met en avant la toute-puissance de l'État,
pour mieux renforcer le pouvoir royal. Cet État agrandi est solide
et plus puissant que jamais. Sous son règne apparaît une
première affirmation du concept de monarchie "absolue".
Cette période (1180-1314) marque l'apogée de la monarchie
médiévale en France.
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