Schaunard, Colline et Rodolphe font la connaissance de Marcel
Schaunard jouant du piano
Mort de Francine
Scènes de la vie de Bohème illustrée par Robaudi
Henry Murger (1822-1861), auteur. Alcilde Robaudi (1850-1928), illustrateur., 1913.
Paris, Éditeur L. Carteret
BnF, département Littérature et art, 4-Y2-6405
© Bibliothèque nationale de France
« Elle passa la nuit avec Jacques. Le lendemain, jour de la Toussaint, à l'Angélus de midi, elle fut prise par l'agonie et tout son corps se mit à trembler.... « J'ai froid aux mains, murmura-t-elle, donne-moi mon manchon. » Et elle plongea ses pauvres mains dans la fourrure....
« C'est fini, dit le médecin à Jacques, va l'embrasser. »
Jacques colla ses lèvres à celles de son amie. Au dernier moment, on voulait lui retirer le manchon, mais elle y cramponna ses mains.
« Non, non, dit-elle, laissez-le-moi : nous sommes dans l'hiver; il fait froid. Ah! mon pauvre Jacques.... Ah ! mon pauvre Jacques... qu'est-ce que tu vas devenir ? Ah ! mon Dieu ! »
Et le lendemain Jacques était seul. » (…)
C'était le matin du jour de la Toussaint. Francine venait de mourir. Deux hommes veillaient au chevet : l'un, qui se tenait debout, était le médecin; l'autre, agenouillé près du lit, collait ses lèvres aux mains de la morte, et semblait vouloir les y sceller dans un baiser désespéré, c'était Jacques, l'amant de Francine. Depuis plus de six heures, il était plongé dans une douloureuse insensibilité. Un orgue de Barbarie qui passa sous les fenêtres vint l'en tirer.
Cet orgue jouait un air que Francine avait l'habitude de chanter le matin en s'éveillant. Une de ces espérances insensées qui ne peuvent naître que dans les grands désespoirs traversa l'esprit de Jacques. Il recula d'un mois dans le passé, à l'époque où Francine n'était encore que mourante ; il oublia l'heure présente et s'imagina un moment que la trépassée n'était qu'endormie, et qu'elle allait s'éveiller tout à l'heure, la bouche ouverte à son refrain matinal. »
 
 

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