Vie privée et publique des animaux
Guide-âne à l’usage des animaux qui veulent parvenir aux honneurs
Voyage d’un lion d’Afrique à Paris
Peines de cœur d’une chatte anglaise
Dans les Scènes de la vie privée et publique des animaux
Grandville (1803-1847), illustrateur ; Jules Hetzel, éditeur ; Paulin, éditeur, 1842.
2 vol. gr. in-8°, fig., pl., frontisp.
BnF, Réserve des livres rares, RES-Y2-1007
© Bibliothèque nationale de France
C’est une chatte anglaise qui prend la plume pour raconter quelle fut sa vie.

« Je fus exceptée de la noyade constitutionnelle à cause de l’entière blancheur de ma robe. Aussi me nomma-t-on Beauty. Hélas ! la pauvreté du ministre, qui avait une femme et onze filles, ne lui permettait pas de me garder. Une vieille fille remarqua chez moi une sorte d’affection pour la Bible du ministre ; je m’y posais toujours, non par religion, mais je ne voyais pas d’autre place propre dans le ménage. Elle crut peut-être que j’appartiendrais à la secte des Animaux sacrés qui a déjà fourni l’ânesse de Balaam, et me prit avec elle. Je n’avais alors que deux mois. Cette vieille fille, qui donnait des soirées auxquelles elle invitait par des billets qui promettaient thé et Bible, essaya de me communiquer la fatale science des filles d’Ève ; elle y réussit par une méthode protestante qui consiste à vous faire de si longs raisonnements sur la dignité personnelle et sur les obligations de l’extérieur, que, pour ne pas les entendre, on subirait le martyre.
Un matin, moi, pauvre petite fille de la nature, attirée par de la crème contenue dans un bol, sur lequel un muffing était posé en travers, je donnai un coup de patte au muffing, je lapai la crème ; puis, dans la joie, et peut-être aussi par un effet de la faiblesse de mes jeunes organes, je me livrai, sur le tapis ciré, au plus impérieux besoin qu’éprouvent les jeunes Chattes. En apercevant la preuve de ce qu’elle nomma mon intempérance et mon défaut d’éducation, elle me saisit et me fouetta vigoureusement avec des verges de bouleau, en protestant qu’elle ferait de moi une lady ou qu’elle m’abandonnerait. »

Honoré de Balzac, Peines de cœur d’une chatte anglaise dans Scènes de la vie privée et publique des animaux.
>Texte intégral dans Gallica : J. Hetzel et Paulin, Paris, 1842
 
 

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