Emma et Charles
Charles Bovary
Emma Bovary
Emma chez la nourrice
Emma Bovary
Madame Bovary
Gustave Flaubert (1821-1880), auteur ; Émile Boilvin (1845-1899), graveur ; A. Lemerre, éditeur, Paris, 1876.
19 cm
BnF, département de Littérature et art, 8-Y2-909
© Bibliothèque nationale de France
Emma Bovary incarne la lectrice de romans pervertie. Flaubert pousse jusqu'au bout le schéma moral de ses contemporains selon lesquels la lecture exacerbe le désir féminin : intoxiquée par ses lectures, Emma commet l'adultère, s'endette et se suicide.

« Elle [Emma] s'acheta un plan de Paris, et, du bout de son doigt, sur la carte, elle faisait des courses dans la capitale. Elle remontait les boulevards, s'arrêtant à chaque angle, entre les lignes des rues, devant les carrés blancs qui figurent les maisons. Les yeux fatigués à la fin, elle fermait ses paupières, et elle voyait dans les ténèbres se tordre au vent des becs de gaz, avec des marchepieds de calèches qui se déployaient à grand fracas, devant le péristyle des théâtres.
Elle s'abonna à la Corbeille, journal des femmes, et au Sylphe des salons. Elle dévorait, sans rien passer, tous les comptes rendus de premières représentations, de courses et de soirées, s'intéressait aux débuts d'une chanteuse, à l'ouverture d'un magasin. Elle savait les modes nouvelles, l'adresse des bons tailleurs, les jours de Bois ou d'Opéra. Elle étudia dans Eugène Sue des descriptions d'ameublement ; elle lut Balzac et George Sand, y cherchant des assouvissements imaginaires pour ses convoitises personnelles. À table même, elle apportait son livre, et elle tournait les feuillets, pendant que Charles mangeait en lui parlant. Le souvenir du Vicomte revenait toujours dans ses lectures. Entre lui et les personnages inventés, elle établissait des rapprochements. Mais le cercle dont il était le centre peu à peu s'élargit autour de lui, et cette auréole qu'il avait, s'écartant de sa figure, s'étala plus au loin, pour illuminer d'autres rêves. »

Gustave Flaubert, Madame Bovary, première partie, chapitre IX, 1857.
>Texte intégral dans Gallica : Paris, Charpentier, 1881
 
 

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