Un grain de blé
Les naufragés de l’air
Ayrton
L'Île Lincoln
Le capitaine Nemo
L'Île mystérieuse
Jules Verne (1828-1905), auteur ; Jules Férat, illustrateur ; Charles Barbant, graveur, Paris, Hachette.
Ville de Paris / Fonds Heure joyeuse, 2013-418065
© Ville de Paris / Fonds Heure joyeuse
Dans L'Île mystérieuse, on voit réapparaître Ayrton des Enfants du capitaine Grant (1867) et le capitaine Nemo de Vingt mille lieues sous les mers (1869).

« À ces mots, l’homme couché se releva, et son visage apparut en pleine lumière : tête magnifique, front haut, regard fier, barbe blanche, chevelure abondante et rejetée en arrière.
Cet homme s’appuya de la main sur le dossier du divan qu’il venait de quitter. Son regard était calme. On voyait qu’une maladie lente l’avait miné peu à peu, mais sa voix parut forte encore, quand il dit en anglais, et d’un ton qui annonçait une extrême surprise :
"Je n’ai pas de nom, monsieur.
– Je vous connais !", répondit Cyrus Smith.
Le capitaine Nemo fixa un regard ardent sur l’ingénieur, comme s’il eût voulu l’anéantir.
Puis, retombant sur les oreillers du divan :
"Qu’importe, après tout, murmura-t-il, je vais mourir !"
Cyrus Smith s’approcha du capitaine Nemo, et Gédéon Spilett prit sa main, qu’il trouva brûlante. Ayrton, Pencroff, Harbert et Nab se tenaient respectueusement à l’écart dans un angle de ce magnifique salon, dont l’air était saturé d’effluences électriques.
Cependant, le capitaine Nemo avait aussitôt retiré sa main, et d’un signe il pria l’ingénieur et le reporter de s’asseoir.
Tous le regardaient avec une émotion véritable. Il était donc là celui qu’ils appelaient le "génie de l’île", l’être puissant dont l’intervention, en tant de circonstances, avait été si efficace, ce bienfaiteur auquel ils devaient une si large part de reconnaissance ! Devant les yeux, ils n’avaient qu’un homme, là où Pencroff et Nab croyaient trouver presque un dieu, et cet homme était prêt à mourir !
Mais comment se faisait-il que Cyrus Smith connût le capitaine Nemo ? Pourquoi celui-ci s’était-il si vivement relevé en entendant prononcer ce nom, qu’il devait croire ignoré de tous ? …
Le capitaine avait repris place sur le divan, et, appuyé sur son bras, il regardait l’ingénieur, placé près de lui.
"Vous savez le nom que j’ai porté, monsieur ? demanda-t-il.
– Je le sais, répondit Cyrus Smith, comme je sais le nom de cet admirable appareil sous-marin…
– Le Nautilus ? dit en souriant à demi le capitaine.
— Le Nautilus.
— Mais savez-vous… savez-vous qui je suis ?
— Je le sais.
– Il y a pourtant trente années que je n’ai plus aucune communication avec le monde habité, trente ans que je vis dans les profondeurs de la mer, le seul milieu où j’aie trouvé l’indépendance ! Qui donc a pu trahir mon secret ?
– Un homme qui n’avait jamais pris d’engagement envers vous, capitaine Nemo, et qui, par conséquent, ne peut être accusé de trahison.
– Ce français que le hasard jeta à mon bord il y a seize ans ?
– Lui-même.
– Cet homme et ses deux compagnons n’ont donc pas péri dans le Maëlstrom, où le Nautilus s’était engagé ?
– Ils n’ont pas péri, et il a paru, sous le titre de Vingt mille lieues sous les mers, un ouvrage qui contient votre histoire."
 
 

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