La Vie de bohème illustrée par André Gill
Schaunard : « il se mit à exécuter dans sa chambre une chorégraphie de sa composition »
Les trois amis : « ils n’avaient pas fait dix pas dans la rue »
Mademoiselle Mimi
Fantaisie de Musette : « L’endroit est d’ailleurs habitable et parfaitement réparé »
« Je t’embrasse autant que tu voudras ». Marcel.
La Vie de bohème illustrée par Gill
Henry Murger (1822-1861), auteur. André Gill (1840-1885), illustrateur, Vers 1873.
Paris, Librairie illustrée
BnF, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-Z LE SENNE-1058
© Bibliothèque nationale de France
« Pendant que ses amis s’agaçaient l’appétit en faisant les préparatifs du repas, Marcel s’était de nouveau isolé dans un coin, et rangeait, avec quelques souvenirs que lui avait laissés Musette, la lettre qu’il venait de retrouver par hasard. Tout à coup il se rappela l’adresse d’une femme qui était l’amie intime de son ancienne passion.
– Ah ! s’écria-t-il assez haut pour être entendu, je sais où la trouver.
– Trouver quoi ? fit Rodolphe. Qu’est-ce que tu fais là ? ajouta-t-il en voyant l’artiste se disposer à écrire.
– Rien, une lettre très pressée que j’oubliais. Je suis à vous dans un instant, répondit Marcel, et il écrivit :
« Ma chère enfant,
« J’ai des sommes dans mon secrétaire, c’est une apoplexie de fortune foudroyante. Il y a à la maison un gros déjeuner qui se mitonne, des vins généreux, et nous avons fait du feu, ma chère, comme des bourgeois. Il faut voir ça, ainsi que tu disais autrefois. Viens passer un moment avec nous, tu retrouveras là Rodolphe, Colline et Schaunard ; tu nous chanteras des chansons au dessert : il y a du dessert. Tandis que nous y sommes, nous allons probablement rester à table une huitaine de jours. N’aie donc pas peur d’arriver trop tard. Il y a si longtemps que je ne t’ai entendue rire ! Rodolphe te fera des madrigaux, et nous boirons toutes sortes de choses à nos amours défuntes, quitte à les ressusciter. Entre gens comme nous... le dernier baiser n’est jamais le dernier. Ah ! s’il n’avait pas fait si froid l’an passé, tu ne m’aurais peut-être pas quitté. Tu m’as trompé pour un fagot, et parce que tu craignais d’avoir les mains rouges : tu as bien fait, je ne t’en veux pas non plus pour cette fois-là que pour les autres ; mais viens te chauffer pendant qu’il y a du feu.
« Je t’embrasse autant que tu voudras.
« MARCEL. »
 
 

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